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Technique

Prise de notes et dessins 1 Prise de notes et dessins 2

La technique que j’emploie pour réaliser mes observations s’est, bien entendu, affinée au cours des années. Elle a principalement pour but de palier mon incapacité à dessiner en direct et en définitif à l’oculaire.

Le but que je poursuis est de dessiner, ou tout au moins d’essayer de dessiner tout ce que j’ai vu, mais rien que ce que j’ai vu. Je ne cherche en aucune manière à interpréter, à modifier, à rajouter, à améliorer. Un dessin qui me donne le sentiment de revoir exactement ce que j’ai vu est pour moi une réussite. Dans le cas contraire, c’est un échec ; il ne me reste plus qu’à recommencer l’observation !

1. L’étude préalable

Je commence ma journée par étudier précisément les cibles que je me suis fixées d’observer au cours de la nuit qui va venir. Je n’hésite pas à lire toute la documentation et à détailler toutes les images que je peux trouver, et en fonction de celles ci, à affiner le programme correspondant : par exemple, je note que je devrai chercher à voir, observer, et dessiner telle région HII, telle étoile centrale, telle étoile faible en bordure du halo, etc. J’essaie de connaître le mieux possible ce que je vais devoir observer.

Je classe mes cibles par ordre d’observation, en fonction de leur passage au transit pour bénéficier d’une hauteur maximale, mais aussi de leur hauteur sur l’horizon au cours de la nuit pour éviter les zones zénithales difficilement accessibles à un dobson.

2. Le croquis

L’expérience m’a montré que je passe entre une et deux heures par cible au T635, pour l’observer, la dessiner, et rédiger mes notes ; je suis très « bavard », car je rédige deux ou trois pages de notes par objet, parfois plus.

Par contre, je ne fais pas de « dessins », mais des « croquis ». Je dessine sous forme de lignes les limites des isophotes, c’est à dire des zones de même luminosité, de même brillance, ou de même opacité, exactement comme une carte d’état major détaille les courbes de niveau pour matérialiser le relief. Je rajoute sur le papier toutes sortes de précisions, conformément aux échelles mises au point par la revue Ciel Extrême (voir au chapitre Publications), et avec quantité d’abréviations (voir chapitre correspondant, Abréviations). Bien sûr, le nombre de précisions et d’abréviations augmente avec le diamètre de l’instrument que j’utilise, comme le montre les exemples de M 17 à la lunette de 80, et M 77 au dobson de 635.

M 17 LC80x40OIII et 57UHC 1 M 17 LC80x40OIII et 57UHC 2 M 17 LC80x40OIII et 57UHC 3

Par conséquent, cinq croquis dans une nuit représentent pour moi une bonne moisson.

Tous mes dessins et notes sont consignés, non sur des feuilles volantes, mais sur un cahier à spirales de 200 pages. A mon point de vue, cela évite les pertes, ou les feuilles égarées. Ne riez pas : au jour où j’écris ce papier, février 2009, j’en suis à mon cahier n° 18 !

3. Le dessin

Matériel de dessinAvec ces notes et ces croquis, j’ai toutes les données pour passer à l’étape suivante, le dessin. J’ai tout le temps nécessaire, puisque rien n’est resté dans mon esprit, et tout à été couché sur le papier (enfin, c’est ce que j’ai essayé de faire…) ; je peux donc dessiner plusieurs jours, plusieurs semaines après mon observation, ce qui est parfois bien utile. Par exemple, lorsque je reviens de quinze jours de Namibie, et un cahier entier plein de notes, c’est un mois qu’il me faut pour en arriver au bout !

Je dessine sur papier dessin technique, blanc, à grain fin, 200 gr/m2, format 21 x 29.7 cm. Le matériel que j’utilise est le suivant :

  • mine de fusain 2H, 6H, et 9H,
  • crayon HB, 2H, et 4H,
  • crayon estompe en papier buvard,
  • gomme et crayon gomme,
  • stylos liner à encre de chine, 0.4, 0.7, et 0.8 mm,
  • taille crayon, lame de rasoir, ciseaux, règle graduée,
  • enfin, normographe à cercles gradués.

Matériel pour prises de notes et dessins Les nébulosités sont foncées avec l’estompe.

Je commence par dessiner sur un papier brouillon une tache la plus noire possible, avec la mine de fusain 9H ; puis je frotte la pointe de l’estompe sur cette tache, et c’est avec cette estompe noircie que je dessine sur la feuille de dessin.

Cela permet de ne pas avoir de trait, de raie, de tache noire trop contrastés : j’essaie de rester dans le dégradé de l’observation à l’œil.

Pour les plages de nébulosités faibles et étendues, je remplace l’estompe par mon doigt, par exemple les spires extérieures dans l’exemple de M 77.

M 77  T635 1 M 77  T635 2 M 77  T635 3

Pour les nébulosités très petites et très contrastées, j’utilise directement les mines de fusains 2H et 6H, voire 9H par exemple pour un noyau stellaire de galaxie brillante vue de face, ou pour des détails très très petits, les crayons 2H et 4H.

Les étoiles sont dessinées à l’encre de chine avec les stylos liners, et en utilisant le normographe à cercle ; cela permet de dessiner des étoiles biens rondes, et de diamètre proportionnel à leur magnitude. Le meilleur rendu correspond, selon moi, à des étoiles dont le diamètre augme de 0.5 mm environ pour chaque magnitude. Pour les étoiles brillantes, soit m < 5 pour la L80, ou m < 11 pour le T635, je souligne cette brillance par deux rayons en forme de croix qui reproduisent les aigrettes de l’araignée du secondaire, et dont la longueur est proportionnelle à la brillance de l’étoile.

Tous mes dessins sont orientés, sauf cas très particulier, Nord en haut, Est à gauche. Je précise en outre l’échelle et la constellation. Le titre du dessin détaille le nom de l’objet, y compris dans plusieurs catalogues si nécessaire, l’instrument, le grossissement, les filtres éventuels, ainsi que la date et l’heure en temps universel. Enfin, le lieu de l’observation.

4. Le traitement de l’image

Il reste maintenant à scanner l’image, et à la passer en négatif, nébulosités claires et étoiles blanches sur fond noir. Je ne travaille que très peu l’image à l’informatique, en utilisant Paint Shop Pro. Je me limite à diminuer ou rehausser le niveau de luminosité général ou de certaines zones à l’aide de la fonction | couleurfonctions relatives à l’histogrammeréglages |, et à rajouter le flou nécessaire avec la fonction | effetsfloumoyenne | pour monter l’influence du grossissement. Je dois aussi ajouter que je tente de rendre l’effet d’éblouissement des étoiles très brillantes avec la fonction | effetseffets de lumièrehalo |.